Etudes musicales supérieures, de 1947 à 53, aux Conservatoires de Liège et de Bruxelles, où il rencontre Pierre Froidebise et André Souris, qui l'initient à la musique « d'avant-garde », particulièrement au dodécaphonisme, et par qui il sera mis en rapport avec Pierre Boulez en 1951. Dès ce moment, il participe activement au mouvement sériel le plus radical, nouant aussi d'étroits contacts avec Karlheinz Stockhausen et Luciano Berio, apparaissant régulièrement à Darmstadt, Donaueschingen, au Domaine musical et au Studio di Fonologia de Milan.
Après avoir épousé Théa Schoonbrood en 1954, dont il aura quatre enfants: Isabelle (1957), Denis (1958), Marianne (1961) et Hélène (1965), il fonde lui-même le studio de Bruxelles et l'association « Musiques nouvelles », dont émergera l'ensemble instrumental du même nom (la première fois, en 61, pour exécuter adéquatement son oeuvre mobile Répons, écrite l'année précédente), ensemble que dirigera Pierre Bartholomée, l'un de ses plus fidèles amis et défenseurs.
En 1960, en effet, commençant une collaboration avec Michel Butor qui ne s'est plus arrêtée depuis, il se libère du carcan d'une orthodoxie désormais trop dogmatique et exclusive à son goût, pour se plonger dans la recherche - à des fins prospectives - d'une réintégration organique de tous les éléments syntaxiques et stylistiques « mis au ban » par ce que certains appellent la « série généralisée », et qu'il qualifiera dès lors de « restreinte ». L'Histoire culturelle - avec Votre Faust ou Dichterliebesreigentraum, la politique - avec Couleurs croisées et Modèle réduit, les genres musicaux populaires de différents types - avec les Iles déchaînées, la Rose des Voix ou les Paysages planétaires, ne sont que quelques moments d'une quête inlassable et toujours inachevée, à l'écart des courants dominants, mais croisant des recherches apparentées bien que divergentes (comme celles de Vinko Globokar, Jean-Yves Bosseur, Luis de Pablo, Frederic Rzewsky ou Hans Zender, énumération non-limitative).
Il s'attache aussi à la question de la pédagogie musicale, enseigne à l'Université et au Conservatoire de Liège (après avoir été appelé à des tâches analogues à Cologne, à Bâle, et à l'Université de l'Etat de New-York à Buffalo). Il deviendra directeur de ce Conservatoire en 1975, après avoir fondé dès 1970 dans la même ville le Centre de Recherches musicales de Wallonie avec des amis et collègues comme Pierre Bartholomée et Philippe Boesmans (ainsi que grâce à l'appui de Robert Wangermée qui le soutient depuis ses débuts). Il s'efforcera d'y ouvrir l'enseignement à toutes les réalités musicales contemporaines, ainsi qu'à une façon plus vivante, plus réaliste, d'envisager leur communication, ce qui continuera à agir, après son départ, en particulier dans les classes de Jean-Pierre Peuvion et de Garrett List.
A la demande de Maurice Fleuret, il dirige avec Eric Sprogis, entre 1984 et 87, la mise sur pied de l'Institut de pédagogie musicale du Parc de La Villette à Paris, premier embryon de la Cité de la Musique, organise dans ce contexte et dans le cadre du Midem (1985 et 86) deux colloques internationaux (l'un sur la pédagogie fondamentale, et l'autre sur celle des musiciens professionnels), et fonde la revue Marsyas, qui publiera quelques 40 numéros.
Retraité de ses emplois officiels en 1994, il a cependant encore assumé jusqu'à l'été 1999 une charge de « compositeur en résidence » à l'Université de Leuven (Louvain flamand). Il écrit dans ce contexte cinq oeuvres nouvelles, dont quatre à la mémoire de son prédécesseur Karel Goeyvaerts, regroupées en un grand cycle pour piano et orchestre sous le titre Aquarius-Memorial, et entretemps Don Juan à Gnide, théâtre poético-musical de chambre célébrant les 70 ans de Michel Butor.
Ayant réalisé en 2000, avec l'assistance et dans le studio de son fils Denis, un ensemble électro-acoustique destiné à un complexe architectural conçu par Philippe Samyn, dont les éléments musicaux essentiels sont Seize Paysages planétaires, il entreprend dès 2002 la réalisation d'images numériques destinées à accompagner cinq d'entre eux. Il peut leur imprimer un mouvement de transformation continue grâce au programme « Open Media » d'Enrico Bagnoli, donnant ainsi naissance à ce qu'il appelle « une musique multimédiale ». Ces Voix et vues planétaires sont créés à Bruxelles fin novembre 2004, introduites par des proses poétiques de Michel Butor (tirées du grand ensemble accompagnant la publication discographique des « Paysages »), qui en assure une fois de plus lui-même la lecture.
Outre près de deux cent partitions de dimensions et pour des effectifs les plus divers (dont des gravures purement électro-acoustiques ou des œuvres mixtes), éditées par plusieurs maisons européennes, il a écrit de nombreux articles et plusieurs livres. Docteur honoris causa des Universités de Metz et de Lille III, Grand prix du disque 2004 de l'Académie Charles Cros « pour l'ensemble de son oeuvre », ses volumineuses archives sont déjà en bonne partie, et continueront à être, déposées à la Fondation Sacher à Bâle.
Lire aussi, dans son ouvrage Musique croisée (voir bibliographie), la Postface de Michel Butor, qui comporte une biographie plus détaillée et une « évaluation » générale.
[Henri Pousseur est mort le 6 mars 2009 à Bruxelles]
